La pénurie de vin nous guetterait-elle vraiment ?

morgan stanley

Depuis hier soir, on peut lire dans différents journaux que la pénurie de vin nous guette (ici Libération, 20 minutes, l’Express et encore divers sites d’informations). Ils racontent tous peu ou prou la même chose : un rapport de la banque Morgan Stanley a publié une étude (dont nous ne connaissons pas le contenu) qui indique que la production mondiale de vin décline tant et plus, tandis que la demande (chinoise et russe en grande partie) augmente tellement que nous courrons vers la pénurie.

Bigre, ça fait peur !

Prenons les chiffres officiels (ceux de l’Organisme Internationale de la Vigne et du vin) : la production de vin dans le monde en 2013 est en augmentation, alors que la consommation mondiale se stabilise. Ouf, nous sommes déjà un peu rassurés. Il faut tout de même mettre ce chiffre en comparaison avec l’année 2012 qui avait été catastrophique en terme de production pour cause de météo désastreuse. C’est donc tout à fait normal que la production de 2013 qui n’a pas souffert en terme météorologique soit en augmentation par rapport à l’année précédente. La bonne nouvelle, c’est que nous atteignons de nouveau le niveau de production de 2006, ce qui est une avancée significative.

Ce qui régresse, en revanche, c’est la superficie du vignoble mondial. Ce qui veut dire que moins de vignes produisent plus de vin. C’est sur ce point que nous devrions nous inquiéter : des rendements plus élevés, c’est une baisse de qualité.

Je n’ai pas accès à cette étude menée par Morgan Stanley, mais d’après ce que j’ai pu lire entre les lignes, il s’agirait ici d’export vers les marchés asiatiques, russes et autres, de vins de Bordeaux, Rioja, malbec du Chili. Des « valeurs sûres » comme on dit, du classique, du vin traditionnel et oserais-je ? De l’ennuyeux. Laissons nos grandes familles bordelaises envoyer leur vin en Chine, et gardons pour nous nos petits secrets, nos petits producteurs de Loire et de la vallée du Rhône, nos vignerons languedociens ou à l’abri dans leur massif jurassien qui nous font vibrer les papilles et frémir les narines. Laissons partir en Russie les vins au souffre fabriqués à la chaîne par des machines. C’est bien, allez vendre vos vins dans les « marchés émergents », à des prix toujours plus élevés. Il en faut, ça fait marcher le business, et ça amène des sous dans les régions productrices, et finalement tout le monde en profite. Les petits vignobles à taille humaine n’ont pas peur de la pénurie, eux. Ils produisent chaque année après chaque année. Malgré la grêle, malgré les intempéries, malgré le manque de soleil. Eux, ils se battent plutôt pour le vendre, leur vin. Tournons nous plutôt vers ces gens là, qui font des vins moins standardisés ou dans des appellations moins connues qui ne sont pas « vendeuses » comme on dit, et qui donc ne partiront pas de l’autre côté du globe. Faisons travailler et vivre ces domaines là, faisons les prospérer eux qui respectent la terre, qui n’ajoutent pas n’importe quoi dans leurs cuves et qui sont attentifs à faire des vins vivants et bons. Ils valent bien les vins normés que l’on voit partout, même à Pékin et à Moscou, et qui ont le même goût partout, année après année. Je vous en présenterai quelques uns ici, très bientôt.

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