Jean-Jo Brandeau, domaine de la Vrille têtue

dans les vignes

Je continue ma thématique merlot / Bordeaux, avec Jean-Jo Brandeau, du domaine de la Vrille têtue. Souvenez-vous, c’est Roland Petiteau qui en a parlé en tout premier lieu.

Jean-Jo oeuvre au domaine depuis vingt ans, son fils Pascal prend petit à petit la relève. Un sacré personnage, Jean-Jo, un indompté : il se proclame paysan vigneron, et lutte coûte que coûte pour une viticulture naturelle et humaine, bio, sans chimie, travaillée avec les mains. Dans une région bordelaise plutôt statique du côté du bio (même si le changement est en marche, on l’a vu avec le Château le Puy aussi), Jean-Jo n’a pas la langue dans sa poche, il détonne, poil à gratter d’une région ancrée dans ses traditions, subversif et haut en couleur.

Il a accepté de répondre à mon questionnaire, et je l’en remercie infiniment : je trouve ses réponses particulièrement inspirantes. Son regard porté sur la viticulture, la terre, la filiation profondément intègre et humaine me touche beaucoup. On a envie de courir rencontrer Jean-Jo, et de l’écouter nous parler de vin pendant des heures.

Jean Jo

C’est quoi le vin ?

Pour peu qu’on ne le dévoie pas, et qu’on l’accompagne de paroles chaudes et sincères, le vin est un lien, un trait d’union, un prétexte à rencontres, un lieu de retrouvaille, celui où l’on sait se raccrocher… à la SNCF, on dirait : « le Point Rencontre » !

Votre première expérience avec le vin ? Où ? Quand ? Comment ?

Aussi loin que remontent mes souvenirs de gamin, je me vois entouré de vignes. Je patauge dans le grand pressoir, avec le sentiment d’accomplir un rituel de la plus grande importance ! je goûte les jus frais, en sachant à quel devenir ils sont promis, et avec la claire conscience que , dans quelques jours, il me sera permis, comme un vrai vigneron, de déguster enfin les vins nouveaux.

Autres temps…

Et puis, vint la grande gelée de février 56, qui sonna le glass de la presque totalité du vignoble bordelais. J’avais 9 ans. Vignes arrachées, les terrains furent offerts à un troupeau de vaches laitières qui repoussèrent la déroute finale de seulement cinq années, après quoi il fallu tout vendre pour payer les dettes.

Exilé en ville pour une scolarité bordelaise, je subis sans me poser de question une abstinence totale de vin jusqu’à ce jour -j’avais autour de vingt ans- où je redécouvris avec stupéfaction le goût du vin. Bien qu’un vin banal de cantine, il rouvrit brutalement la porte de mes souvenirs d’enfant, apportant avec lui des odeurs et des images enfouies, à tel point que je n’imaginais pas comment j’avais pu les reléguer au plus profond de mes petites oubliettes.

Il me faudra attendre encore cinq années pour que je secoue cette vie artificielle d’étudiant, et que je retrouve le contact physique avec la vigne, par le biais d’un contrat salarié. Et six ans de plus pour devenir associé d’exploitation, avant de m’installer enfin « à mon compte », dix années plus tard, à 43 ans.

pere et fils

L’arôme du vin que vous préférez ?

Sans hésitation : l’honnêteté !

Le goût, étonnamment, (et heureusement !) n’est pas universel ; il est porté par des sensations étranges et inattendues, des regards surprenants, des poignées de mains extraordinairement communicatives, des silences garnis et riches… Tel vin « de table », privé d’Appellation, rejeté par quelque « grand » dégustateur sera peut-être mon préféré, parce que j’aurais fait la connaissance de son vigneron, dont il révèle la vie et la passion (au sens premier de souffrance choisie).

Oui, tout cela passe bien avant les fruits rouges, la banane, et autres réglisses…

Celui que vous détestez ?

Toujours sans hésitation : le chêne !

Non pas la saveur du chêne. Je ne voudrais pas froisser la fierté du roi de nos forêts. Je déteste, en fait l’usage immodéré et, disons le, hypocrite, dont le but est plus de masquer (maquiller) la banalité ou la pauvreté de beaucoup de vins, ou de flatter le snobisme de bourgeois incapables de reconnaître les vrais arômes d’un vin naturel. Et qu’on ne me resserve pas la légende selon laquelle, autrefois, tous les vins étaient élevés en fut de chêne. Certes, le matériau quasi universel était le bois. Mais, dans nos campagnes, il était souvent de châtaignier. Et même les cuves et foudres de chêne, d’âge vénérable, qui hantent mes souvenirs, avaient tellement connus de millésimes successifs qu’ils avaient cessé depuis longtemps de transmettre au vin quelqu’arôme que ce soit, à part peut-être de mauvais goûts de bois ! Scandaleusement, les fûts de chêne, aujourd’hui accompagnent deux ou trois millésimes, avant de terminer leurs jours en pots de fleurs… Et je préfère ne pas parler de copeaux.

Votre vin préféré ?

Le prochain… Et ce n’est pas une échappatoire. Je bous lorsque j’entends dire : « Je n’aime que le Bourgogne » ou « Je ne vois que du Bordeaux». Que l’on puisse préférer tel ou tel vin, je le conçois. Mais il y a une telle diversité dans toutes les régions, tant à découvrir, qu’il y a forcement la place pour un prochain vin que je ne soupçonne pas encore, et qui va me sidérer… Sûrement.

Votre meilleur souvenir lié au vin ?

Je n’ai pas UN meilleur souvenir, mais de nombreux meilleurs souvenirs liés au vin. Avec un dénominateur commun : la rencontre, toujours nouvelle, de personnes, -même connues depuis longtemps-. Le vin sait se faire discret, à l’image du « repoussoir » utilisé en bijouterie, qui met en valeur l’objet de prix. Lui, le vin, met en valeur, souligne, cette relation nouvelle ou à renouveler. Il lui donne de l’éclat, de la profondeur.

La personne du vin que vous admirez ?

Nombreux (pas assez) sont les vignerons qui sortent du commun, par leur sagesse, par leur recherche de la qualité dépouillée d’artifices… Je parle, bien entendu des « petits », des sans grade, des discrets… et sûrement pas de ceux que l’on appelle « grands » châteaux, entourés d’œnologues et de chimistes.

Je les admire, oui, je les envie aussi, et je voudrais me hausser à leur niveau. Mais, plus que tous ces « vieux » routiers confirmés, je reste admiratif devant les (trop peu nombreux) jeunes (mon fils Pascal en est) qui ont, aujourd’hui, le courage (devrais-je dire : le culot) de se lancer dans l’aventure vigneronne. Je parle de ceux, fils de vignerons ou « hors cadre familial », qui tiennent, mordicus, à accoucher un produit conforme à une éthique « nature », loin des standardisations et des impasses où nous poussent les sacro-saintes interprofessions.

Jean Jo & pascal

La bouteille ultime à ouvrir avant de mourir ?

Le croiriez-vous ?

Ce serait, si possible, l’improbable bouteille dénichée dans l’antre sombre et étoilée d’araignées d’un vigneron passionné qui se fiche pas mal des règlements et des honneurs, un joyau lentement mûri loin des projecteurs de la célébrité. Et tant pis si le plus grand sommelier du monde lui trouve une note de volatile ou un soupçon de mercaptan.

Votre bouteille mystère-légende ?

Encore un « lot » !

En 1975, au décès d’une tante, je découvris dans la cave un véritable trésor… Oubliées là depuis la disparition de mon grand-père, dormaient, enfouies sous des accumulations de détritus, près de deux cents bouteilles, des années 1908 à 1926… Des « grands » châteaux certes, mais de l’époque où la pression moderne n’était pas encore passée avec son cortège chimique. Une bonne moitié avaient déjà rendu l’âme, par forfait déclaré du bouchon. Pressé par le notaire d’aligner les droits de succession, je tentais de proposer les bouteilles les plus prestigieuses à des boutiques spécialisées, dont la vinothèque de Bordeaux. Sous prétexte d’étiquettes souillées ou abîmées, on m’en offrait trois francs six sous. Alors, d’un commun accord avec mon épouse, il fut décidé que ces merveilles ne tomberaient pas -pour trois francs six sous- sous la papille de bourgeois fortunés.

C’est ainsi que le tire bouchon fit sauter (avec d’infinies précautions) de vénérables bouchons de plus du demi siècle d’âge, au cours de repas champêtres avec copains et amis… Médoc, Saint Emilion, Pomerol, Sauternes…

Jean Jo 2

Ca donne envie, n’est-ce pas ?

Le domaine de la Vrille-têtue produit donc des vins rouges essentiellement et quelques bouteilles en blanc et en rosé. Et même une méthode traditionnelle ! Les rouges sont étiquetés Bordeaux superieur, mais parfois Vin de table ou vin de France, vous l’aurez compris, rien n’est jamais figé à la Vrille-têtue, chaque millésime est une surprise. C’est là la beauté du travail de jean-Jo.

Le mieux, c’est encore de goûter. Pour acheter ses bouteilles (et le rencontrer), voici quelques adresses :

– En Ile de France :

– Sur le marché de Chatou (78) tous les premiers samedi du mois.

– Sur le marché des Lilas (93), le vendredi après-midi.

– Sur le marché de Seaux (92)  le dimanche matin.

Ailleurs en France :

– sur le marché de Brest, tous les second samedi du mois, et sur le marché de Quimper chaque veille de marché de Brest.

– sur le marché d’Anglet, le second jeudi du mois.

– Sur le marché de Pau, le quatrième mercredi du mois.

– La boutique des producteurs de Pénestin (18 rue de l’Eglise).

Et vous pouvez aussi vous rendre au domaine, mais mieux vaut appeler avant pour être sûr d’y trouver quelqu’un !

Vous pouvez aussi visiter le site de la Vrille-têtue

Domaine de la Vrille-têtue

33 340 Saint Vincent de Paul

Tel : 05 56 77 15 86

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